Calligraphie japonaise : La voie de l'écriture

Ayant puisé son origine en Chine depuis plus de 5 000 ans, la calligraphie a été introduite au Japon par les bouddhistes dans le but de répandre leur religion. Aujourd’hui, l’art de la calligraphie fait partie intégralement de la culture japonaise. Appelé « Shodo », qui signifie : voie de l’écriture, la calligraphie japonaise est un art très ancien qui se perpétue de génération en génération.

Le Shodo est imprimé sur un papier de riz, un parchemin, ou encore sur des manuscrits avec de l’encre noire par le biais du Fude. Elle n’est pas uniquement un moyen pour écrire, un art décoratif ou une expression de vœux, mais est par-dessus tout le signe que le peuple a une bonne éducation et qu’il a un niveau culturel élevé.

La calligraphie japonaise est parmi les Beaux-arts les plus populaires au pays du Soleil Levant. Il existe autant de caractères que ce soit dans l’écriture chinoise ou japonaise. Tu peux rencontrer différentes catégories de calligraphie telles que : le Kanji, la Kana, le Kindai Shibunho, le Daijisho, la Zen Eisho ou encore le Tenkoku.  

📖 Histoire de la calligraphie japonaise

C’est en Chine qu’apparait la calligraphie, à partir des caractères chinois. Cet art de la belle écriture sera introduit au Japon en même temps que les idéogrammes chinois par le biais des moines. Elle sera ensuite introduite à Taiwan, en Corée et au Vietnam avec l’écriture chinoise.

Une vidéo de 5 minutes récapitulant l'histoire de la calligraphie japonaise

Elle deviendra quelque temps après un art très important dans la culture asiatique. Les calligraphes japonais ont inventé des styles propres au Japon sur la base des canons de l’écriture chinoise. Il existe divers styles d’écriture basée sur les Kanas (caractères japonais des syllabaires Hiragana et Katakana). Se pratiquant depuis 3000 ans maintenant, cette écriture traditionnelle japonaise ne cesse d’évoluer avec les artistes contemporains. La calligraphie a marqué grandement l’histoire de l’art japonais.

🛐 La calligraphie et croyance

Plus qu’un simple art traditionnel (une impression d’encre sur une feuille de riz, parchemin ou manuscrit), la calligraphie est aussi considérée par les Japonais comme étant une vraie religion. En effet, les moines bouddhistes utilisent la calligraphie (plus qu’un métier d’art) comme un moyen de méditation. Elle permettrait entre autres de relier le corps et l’âme afin de créer un canal pour pouvoir écouter son moi intérieur. Les caractères proviennent du souffle d’un pinceau mélangé avec l’énergie intérieure et qui par la suite est amené sur le papier blanc.

calligraphie japonaise

Dans la culture japonaise, les idéogrammes de la calligraphie ont été offerts par les dieux eux-mêmes et doivent donc être traités avec un grand respect. Les idéogrammes, écrits au pinceau, sont considérés comme vivants et donc pourvus d’énergie que les japonais appelle le « ki ». Les Japonais considèrent que la pratique de la calligraphie procure à celui qui la pratique, longévité, maitrise du corps et de l’esprit. Elle permettrait aussi à l’esprit d’atteindre la sérénité et le calme.

📜 La calligraphie japonaise dans la société

La calligraphie est un art très important dans la vie quotidienne des Japonais. Si un jour il t’arrive de visiter le Japon, tu remarqueras que les maisons traditionnelles japonaises sont généralement décorées avec une inscription calligraphique qui est imprimée sur du papier blanc avec de l’encre généralement noire, récitant un poème ou une phrase de sagesse. Tu peux également retrouver des inscriptions calligraphiques sur les enveloppes d’argent que l’on offre aux jeunes mariés lors d’un mariage, ou encore sur les talismans que tu trouves dans les temples japonais.

Elle est enseignée à l’école aux plus petits et est sujette à des expositions qui se font chaque année. Tu observeras donc que la calligraphie, plus qu’un art d’écrire à la main ou un simple art décoratif, se trouve au cœur même de la culture du peuple japonais.

calligraphie japonaise kakemono

(Source : https://www.calligraphie-japonaise.fr/ )

La calligraphie est très présente dans la culture japonaise sous forme de plusieurs formes comme un immense tableau, un sceau, un texte poétique... Mais dans tous les cas, elle fait partie intégrante des beaux-arts japonais.

🎄 Relation entre calligraphie et le nouvel an

À chaque nouvelle année qui commence, les japonais ont un rituel qu’ils appellent Kakizome. Ce rituel a pour but d’éclaircir l’esprit des gens pour mieux se concentrer sur leur détermination pour la nouvelle année à l’aide d’une belle calligraphie. Il consiste à utiliser un papier blanc immaculé pour y tracer des traits, ce qui donne d’après la croyance, la volonté d’accomplir les bonnes résolutions de l’année qui débute. Elle permet d’accueillir la nouvelle année dans le calme et la sérénité.

🧘 La calligraphie japonaise, une pratique Zen

Le Shodo, signifiant littéralement : voie de l’écriture (Sho : calligraphie et do : la voie), est vue comme un art majeur de la culture japonaise. Le Shodo est un moyen de comprendre le sens de la vie et de découvrir les vérités éternelles. Dans cette pratique, la connaissance approfondie du style et de la manière de donner les coups de pinceau est exigée.

La calligraphie japonaise est un art qui initie à la philosophie. Dans l’art de la calligraphie, les traits et le pinceau sont indissociables à la pensée philosophique. En effet, pour la philosophie Zen, le papier blanc caractérise le vide, les traits noirs caractérisent le plein ainsi que le Ying et le Yang (dualité et complémentarité qui réside en toutes choses : le bien et le mal, la femme et l’homme). Dans cette pratique, rien n’est accidentel et tout a un rôle bien précis. De la direction des traits, leur forme, la légèreté de leur ligne jusqu’aux espaces vides, tout à une signification.

L’esthétique japonaise est basée sur la simplicité et l’élégance (Wabi-Sabi), chose que la calligraphie japonaise incarne dans toute sa splendeur. Elle est aussi un pont entre toutes les disciplines japonaises, car La calligraphie japonaise est une pratique Zen comme le Chado (appelé également la cérémonie du thé), l’Ikebana (qui consiste à l’arrangement floral), le Budo (qui est la voie des arts martiaux japonais).

Ainsi, pour le maitre du thé, le Shodo est très important, car il l’étudie durant une longue période et le soigne aussi bien que l’action du thé. Quant aux maîtres des arts martiaux, le Shodo est pour lui un moyen de transmettre et de démontrer ses capacités.

🎨 La calligraphie, tout un art

Depuis la création du système d’écriture en Chine, l’art de la calligraphie japonaise est resté la forme d’art la plus vénérée du Japon, que ce soit le Kanji, le Kana ou autre. Tout comme le maitre peintre prend grand soin à peindre ses aquarelles, le maitre calligraphe met en œuvre divers techniques qui sont guidées d’un flux de pinceau et d’encre pour exécuter sa calligraphie. Cette dernière renferme toute une histoire et doit donc suivre des fondements ainsi que des règles de création. La calligraphie japonaise renferme un système d’écriture complexe, tout en respectant l’harmonie, l’élégance et la simplicité qui sont les principes de base du Wabi-Sabi.

✒ Les différents caractères utilisés en calligraphie

Basée sur les écritures chinoises simplifiées, la calligraphie japonaise est composée différents caractères d’écriture comme le Kana (syllabaire japonais constitué de l’Hiragana et le Katakana qui sont deux versions du même ensemble de sons dans un langage). Les Kanji (des caractères chinois), les Tenkoku (ce sont des gravures présentes sur les sceaux), les Kindai Shibunsho (qui sont des poèmes modernes), le Daijisho (ce sont de très grands caractères), et le Zen Eisho (une calligraphie d’avant-garde).

tenkoku

(Source : https://lescarnetsdecamille.wordpress.com/ )

La Kana

La Kana, qui est constitué des Hiragana et des Katakana, sont composés d’une cinquantaine de lettres. Les Hiragana, sont utilisés dans un la grammaire japonaise. Il arrive aussi que les Hiragana soient écrits avec des Kanjis, mais cela reste rare. Ils sont également utilisés à la place des Kanji qui sont difficiles à lire pour les enfants japonais.

Les Katakana, de leur côté, représentent des sons identiques aux Hiraganas, mais sont utilisés pour les mots provenant des pays occidentaux.

Les Kanji

Les Kanji sont également très utilisés dans la calligraphie japonaise. Une bonne partie des mots de la langue japonaise sont faits de Kanji (il existe 40 000 Kanji, et même plus dont 2 000 soit 95 % sont réellement utilisés dans les écrits japonais).

Les Kanji sont nécessaires pour pouvoir séparer les mots dans une phrase, car il n’y a pas d’espace dans les écritures japonaises. Il est également utilisé pour la distinction des homophones.

Les Tenkoku

C’est un art japonais qui consiste à créer des caractères sur des sceaux en pierre. Ces derniers sont primordiaux, car ils servent à la signature des documents très importants ou les œuvres des artistes (à savoir la calligraphie ou les rouleaux peints). De ce fait, l’empreinte laissée par le seau sur la calligraphie est considérée comme étant un œuvre d’art à part entière.

Le Daijisho

Ce concept consiste à écrire un ou deux Kanji. Ceci est dans le but de créer un tableau doté d’un élément pictural fort. Pour l’effectuer, le calligraphe devra jouer avec les mouvements et les rythme ainsi que l’épaisseur des traits. Cette calligraphie sera donc accessible à tous même si la plupart ne sont pas décryptées.

Le Kindai Shibunsho

Pour faciliter la lecture des textes écrits, le Kindai Shibunsho a été créé vers les années 1950. C’est un style calligraphique qui allie les Kanji et le Kana. Il est surtout utilisé pour écrire des poésies modernisées, ou des phrases de sagesse.

La Zen Eisho ou la calligraphie d’avant-garde

Ce style calligraphique est né avec les nouveaux mouvements japonais. C’est plus qu’une écriture, elle est plus proche de l’art. Dans sa pratique, le calligraphe a une totale liberté d’expression et est libre des règles conventionnelles de la calligraphie japonaise. Il est essentiellement inspiré par l’art abstrait occidental.

🖌️ Les matériaux utilisés en calligraphie

Comme tout beaux-arts qui se respecte, la calligraphie fait appelle à des outils spécifiques et doit absolument être de la meilleure qualité possible. Pour faire ressortir la beauté de chacun des traits qui composent les caractères et pour avoir une belle écriture, les matériaux utilisés doivent être choisis avec le plus grand soin. Il existe 4 ou 6 matériaux indispensables que le maitre calligraphe utilisera pour avoir de beaux caractères.

outils calligraphie japonaise

FUDE (le pinceau calligraphique)

La pratique de la calligraphie nécessite l’utilisation du Fude qui est le pinceau utilisé en calligraphie. Généralement, son manche est fait de bambou, mais il n’est pas rare que tu en vois qui sont fait en d’autres sortes de bois ou même en plastique. La tête de brosse peut être de forme et de taille variée.

En calligraphie japonaise, la netteté est très importante d’où la nécessité d’une tête de brosse à pointe fine et qui arrive en pointe. Les poils de brosse (les plus longues) qui composent la tête de brosse doivent également être de la même longueur, aucun ne doit dépasser. Le corps de la tête doit être plein et rond, et doit être fait avec des poils d’animaux pour garantir sa souplesse (tu peux cependant en trouver qui sont fait avec des matériaux synthétiques). La qualité de ton Fude donnera la possibilité de créer des effets variés dans la calligraphie.

Il existe différents types de Fude selon les usages.

 Le Tsuketate-FUDE 

C’est un pinceau en poils élastiques et souples, pouvant contenir une grande quantité d’eau, et avec lequel il est possible de faire différentes formes en un seul coup de pinceau. Il est le pinceau recommandé en sumi-e, en calligraphie et ou encore le dessin.

Le Mensou-FUDE

Ce pinceau est utilisé non seulement pour obtenir des lignes précises, mais également pour colorier de petits détails. Très souvent dans le dessin des différentes parties du visage, c’est aussi ce pinceau qui est utilisé.

Le Sakuyou-FUDE

Comme le Mensou-FUDE, il est aussi utilisé dans la création de dessin et des lignes visibles.

Le Kumadori-FUDE

Il est idéal pour faire des dégradés appelés Bokashi.

L’Hira-FUDE

C’est un pinceau plat qui est utilisé pour la coloration des surfaces qui sont larges.

Le Saishiki et le E-bake

Ils sont utilisés pour appliquer des couleurs.

Le Renpitsu

Résultat de l’assemblage de plusieurs brosses sur une manche, il est utilisé dans l’application uniforme des couleurs sur une grande espace.

Le Hake

Le Hake est un pinceau plat à manche plat fait avec du bois.

SUMI (encre calligraphique)   

L’encre utilisée en calligraphie est faite à partir du mélange de suie (dont l’origine est le bois de pin) avec une colle d’origine animale. Quand cette encre se sèche, l’artisan obtient un bâtonnet d’encre que le maitre calligraphe frottera avec de l’eau pour obtenir de l’encre liquide. Le Sumi traditionnel est fait à la main par les artisans durant plusieurs mois.

Il arrive que le Sumi soit décoré de motif et il est le plus souvent noir (mais il en existe avec d’autres couleurs). L’idéal est encore de le produire soi-même malgré le fait qu’il soit déjà industrialisé, car en le fabriquant soi-même, il est possible de choisir la densité ou la couleur que le calligraphe désire. De plus, cela aide à se concentrer et à calmer son esprit avant d’entreprendre la création du Shodo.

Le Suzuri (pierre à encre de la calligraphie)

Pour obtenir le Sumi, le bâtonnet d’encre doit être frotté sur une pierre avec de l’eau. Cette pierre sculptée s’appelle Suzuri. Elle est faite avec de l’ardoise, mais d’autres pierres peuvent également être utilisées. Comme le Sumi a tendance à s’accumuler dans le fond de la pierre, le Suzuri peut aussi être utilisé comme réservoir.

L’Hanshi (feuille de papier pour Shodo)

L’Hanshi est fabriqué à la main par les artisans avec une touche rustique. Le papier utilisé traditionnellement est le papier de riz. Son épaisseur varie selon son utilisation et ses dimensions sont souvent de 33 cm sur 24 cm.

Le Bunchin et le Shitajiki

Le Bunchin, tout comme le Shitajiki ne figure pas sur la liste des matériaux nécessaires dans la calligraphie japonaise. Néanmoins, ils sont recommandés, car le Bunchi (fait habituellement de bronze ou autres matériaux) permet le maintien du Hanshi sans qu’il ne bouge et cela évite ainsi son froissage. Quant au Shitajiki, c’est une sorte de tapis qui va absorber l’excédant d’encre et crée des traits plus clairs.

❓ Pourquoi pratiquer la calligraphie japonaise ?

Arrivée au Japon en même temps que les idéogrammes chinois, la pratique de la calligraphie n’a pas pour seul but de développer une belle écriture comme les graphies des lettres occidentales. Elle a pour but de donner vie aux manuscrits qui sont originaires de la Chine et aux Kanas qui sont propres aux japonais en leur donnant un caractère. L’habileté manuelle et la créativité individuelle sont nécessaires pour calligraphier convenablement. La calligraphie japonaise est l’un des beaux-arts les plus populaires au pays du Soleil Levant.

sumi-e

La pratique de la calligraphie japonaise permet également d’atteindre la sérénité et le calme de l’esprit.

La calligraphie et l’art moderne

La calligraphie implique le fait d’avoir une belle écriture ou du moins se perfectionner. La calligraphie, de ce fait est un art qui vise à bien former les différents caractères.

Actuellement, la calligraphie japonaise est plus ouverte et peut être apprise par tout le monde, même les débutants. Il existe des concours durant lesquels les calligraphes exposent leurs œuvres plus modernes ce qui permet à la calligraphie japonaise d’évoluer et de se faire sous des styles plus abstraits.


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