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Culture japonaise : Tout ce qu’il faut savoir sur La Grande Vague de Kanagawa

Sommaire

    Un passionné de l’art japonais connaît sûrement la célèbre Vague de Kanagawa. La Grande Vague de Kanagawa figure parmi les œuvres d’art les plus célèbres au monde. Créée par Hokusai et publiée en 1830 ou 1831, on retrouve des exemplaires de cette estampe japonaise dans de nombreux musées à travers le monde. Mais que représente réellement cette œuvre ? Je t’invite à découvrir son histoire, ainsi que sa signification symbolique à travers cet article.

    La Grande Vague de Kanagawa, c’est quoi exactement ?

    La Grande Vague de Kanagawa

    La Kanagawa-okinami-ura, qui signifie littéralement Sous la vague au large de Kanagawa, est une estampe japonaise de 39 cm × 26 cm. Elle est plus connue sous le nom La Grande Vague de Kanagawa ou La Vague. Cette œuvre a été créée par l’artiste et peintre japonais Katsushika Hokusai pendant la période Edo. Mais sais-tu ce qu’est une estampe ? Une estampe est une image gravée sur papier à l’aide d’une presse, à partir d’une planche de bois, de métal ou de pierre, qui a été préalablement encrée et gravée. La Vague, elle, est une estampe ukiyo-e, un type de gravure sur bois. La première édition de La Vague a été tirée environ en une centaine de pièces, avec de nombreuses regravures de l’œuvre jusqu’à aujourd’hui. Le principe même de l’estampe est de pouvoir reproduire une œuvre en grande quantité et à prix abordable.

    La Grande Vague de Kanagawa est une estampe sur bois yoko-e, c’est-à-dire orientée paysage, donc disposée horizontalement au format Oban. Il s’agit de la première pièce de la série Trente-six vues du mont Fuji. C’est une série de gravures qui représentent le plus haut sommet du Japon depuis plusieurs angles. Le mont Fuji est la montagne la plus haute du Japon, dont le sommet enneigé est visible l’hiver depuis de nombreuses provinces du centre. Lieu de pèlerinage des shintoïstes et endroit de méditation pour les bouddhistes, cette montagne est un symbole de beauté et une source de fascination pour beaucoup, dont Hokusai.

    Éléments majeurs de la pièce

    Sur cette pièce en particulier, le mont Fuji au loin est encadré par la mer agitée par la tempête, représentée par une vague monstrueuse, où se trouvent trois bateaux de pêcheurs. En arrière-plan, le mont sacré est enneigé et contraste avec un ciel nuageux.

    Les trois bateaux de l’image sont des oshiokuri-bune ou des bateaux rapides. Ils servent à transporter du poisson des péninsules d’Izu et de Boso vers les marchés aux poissons de la baie d’Edo. Il faut savoir que Kanagawa est délimitée au nord par Tokyo, au nord-ouest par les reliefs du mont Fuji, à l’est par la baie de Tokyo, et au Sud par la baie de Sagami. La scène de l’image se déroule au sud de la baie de Tokyo, à environ 90 kilomètres à l’est de Fuji, au large de Kanagawa. Les barques sont orientées vers le sud-ouest, et reviennent ainsi de la capitale. Huit rameurs ainsi que deux passagers supplémentaires sont présents sur chaque barge, donc trente hommes en tout se trouvent sur les embarcations. Comme les bateaux font environ 12 mètres de long, on estime la vague à 14 ou 16 mètres de hauteur.

    la grande vague de kanagawa éléments majeurs

    L’élément le plus imposant de l’œuvre est la mer, représentée par une énorme vague qui domine toute la scène avant de s’abattre. Dessinée en une spirale parfaite, le centre de la vague passe au centre du dessin. Elle est sur le point de s’abattre sur les pêcheurs sous forme d’une main destructrice.

    Deux inscriptions figurent sur La Grande Vague de Kanagawa. La première est inscrite dans un cartouche rectangulaire en haut à gauche de l’estampe. Il est écrit : Fugakusanju-rokkei / Kanagawa-oki/nami-ura, ce qui signifie : Trente-six vues du mont Fuji/au large de Kanagawa/Sous la vague. La seconde inscription représente la signature d’Hokusai, située à gauche du cartouche. Voici ce qui y est écrit : « Hokusai aratame Iitsu hitsu  », littéralement, « peint de la brosse de Hokusai changeant son nom en hitsu ».

    Qu’est-ce que l’Ukiyo-e ?

    Ce terme désigne un mouvement artistique japonais qui comprend les estampes et la peinture non académique du XVIIe au XIXe siècle. Littéralement, Ukiyo-e signifie « images du monde flottant ». Ce courant artistique fait allusion au concept bouddhiste selon lequel la réalité est instable et illusoire et qu’on ne peut pas s’y attacher. L’Ukiyo-e incarne également la philosophie de vivre le moment présent. Il représente aussi le monde en mouvement.

    👉 Pour en savoir plus sur l'Ukiyo-e, consultez notre article !

    Contexte historique

    Après une longue période de guerre civile, une politique d’isolation est instaurée par les shoguns dans le Japon de cette époque. Une nouvelle bourgeoisie émerge avec le déclin de l’aristocratie militaire. L’ukiyo-e intéresse particulièrement cette nouvelle classe sociale, qui y voit des scènes de leur quotidien. En effet, les ukiyo-e représentent des comédiens du théâtre Kabuki, ou des courtisanes, ou encore des lutteurs de Sumo.

    Au XIXe siècle, Hokusai et Hiroshige fondent un style nouveau, les meisho-e, qui sont des vues célèbres de paysages, au format horizontal. Grâce à ces deux artistes, la population japonaise s’intéresse de plus en plus à la nature. L’image des estampes japonaises connaît une véritable révolution. La série d’estampes Trente-six vues du mont Fuji est l’incarnation parfaite de l’art ukiyo-e.

    Une estampe de la série des Trente-six vues du mont Fuji

    Une des estampes des Trente-six vues du mont Fuji

    Qui est Katsushika Hokusai et comment a-t-il conçu La Grande Vague de Kanagawa ?

    Tu as certainement déjà entendu le nom de ce célèbre peintre japonais, Katsushika Hokusai, renommé pour ses séries de paysages. Il est né à Edo, l’ancienne capitale du Japon, en 1760, et décéda en 1849, âgé de 89 ans. C’est un dessinateur, graveur, peintre et auteur. Hokusai est considéré comme le plus grand maître dans l’art de l’estampe japonaise. Dans ses œuvres, il représente des paysages dont les éléments de la nature sont interprétés avec une certaine spiritualité. Il s’est démarqué en s’éloignant de l’art japonais traditionnel ukiyo-e, dont les sujets habituels étaient les acteurs et les courtisanes. Dans ses œuvres, Hokusai dépeint plutôt la vie quotidienne des Japonais de catégories sociales différentes. Par exemple, dans l’estampe qui nous intéresse ici, la scène décrite est le quotidien des pêcheurs. Il est également l’initiateur du manga ou « Esquisse spontanée ».

    Au cours de sa vie, il a utilisé au moins cinquante noms pour signer ses œuvres. À chaque nouvelle période de travail, il changeait de nom. Pour la série Les Trente-six vues du mont Fuji, il utilisa quatre signatures différentes. L’artiste japonais a produit cette série de pièces vers 1830, alors qu’il était âgé de 70 ans. Ces œuvres d’art créées à l’apogée de sa carrière sont considérées comme les réalisations les plus importantes d’Hokusai. Selon lui-même, tout ce qu’il a produit avant l’âge de 70 ans ne mérite pas d’être pris en compte.

    Le célèbre peintre a découvert les estampes occidentales, parvenues au Japon à travers le commerce hollandais. C’est à partir de ces œuvres d’art qu’Hokusai s’est intéressé à la perspective linéaire. Plus tard, il va créer une variante japonaise de cette perspective linéaire. L’art néerlandais va avoir d’autres influences sur les techniques employées par l’artiste dans la conception de La Vague.

    L’artiste peintre n’a pas créé ce chef-d’œuvre en un jour. En effet, il a fallu un travail de plusieurs années avant d’aboutir à La Grande Vague de Kanagawa. Trente ans plus tôt, deux estampes ressemblant à La Grande Vague ont été produites par Hokusai. Ces pièces sont :

    • Kanagawa-oki Honmoku no zu (1803)
    • Oshiokuri hato tsusen no zu (1805)

    Ces tableaux ressemblent à La Vague, avec la même thématique, mais diffèrent sur certains points, et ne sont pas aussi perfectionnés que celui-ci. La comparaison entre les anciennes pièces et la Grande Vague permet de voir l’évolution de la technique artistique d’Hokusai.

    Différences majeures entre les deux premiers tableaux et la Grande Vague de Kanagawa

    Kanagawa-oki Honmoku no zu (1803) Oshiokuri hato tsusen no zu (1805)

    A gauche : Oshiokuri hato tsusen no zu / A droite : Kanagawa-oki Honmoku no zu
    • Les vagues des premières estampes forment une matière uniforme et dense, avec un aspect raide et vertical. En revanche, La Vague apparaît plus dynamique, vivante, représentant l’intensité du danger avec sa crête en forme de griffe.
    • Le point de vue des anciennes estampes est marqué par la perspective japonaise, c’est-à-dire une vue cavalière du spectateur, placé plus haut, qui ne permet pas d’être directement dans l’action. Par contre, le point de vue adopté plus tard par l’artiste japonais place le spectateur au cœur de l’action, avec une impression d’être écrasé par l’ampleur des éléments.
    • Dans les deux premiers tableaux, un paysage est visible à l’horizon, et on peut distinguer des oiseaux, détail familier et rassurant. Cela relativise la menace représentée par la vague. Ce n’est pas du tout le cas dans La Grande Vague de Kanagawa, où les éléments déchaînés monopolisent l’estampe, contraignant l’observateur à s’immerger dans le scénario. La petitesse du mont Fuji au loin n’apaise pas face à la menace de la vague monstrueuse au premier plan.
    • Les compositions des premières œuvres sont disparates et manquent de cohérence. Par comparaison, le plan visuel de La Vague est réduit à deux grandes masses visuelles : la vague proprement dite, et l’arrière-plan vide.
    • Les estampes du début du XIXe siècle représentent un bateau qui navigue sur la crête de la vague, comme s’il avait réussi à lui échapper. Ce détail est éliminé dans La Vague, qui montre plutôt que les humains n’avaient aucune chance d’esquiver le déchaînement des éléments.

    Comment lire La Grande Vague de Kanagawa ?

    Tu sais déjà sûrement que l’écriture japonaise se lit de haut en bas et de droite à gauche, tandis que l’écriture occidentale est lue de gauche à droite. Cela signifie qu’un Occidental et un Japonais ne percevront pas l’image de la même façon. 

    Perception première d’un Occidental

    Au premier coup d’œil, celui-ci verra que les pêcheurs japonais de La Vague se dirigent vers la droite de l’estampe, donc en provenance de la péninsule d’Izu. Selon ce point de vue, les marins sont rattrapés par la vague, qu’ils fuient ou dont ils ne soupçonnent pas la venue.

    Perception première d’un japonais

    Un Japonais verra que les pêcheurs viennent de la droite de l’image, se dirigeant vers la gauche. Ils sont ainsi au large de Kanagawa, rentrant à vide de Tokyo où ils ont vendu tous leurs poissons, en direction du sud-ouest. Ils se heurtent à la vague au lieu de la fuir. Celle-ci leur barre la route, monstrueuse et d’une extrême violence. Dans ce sens de lecture japonaise, la menace de la vague est imminente. 

    En examinant attentivement les barges des pêcheurs, on peut observer que la proue, haute et effilée est orientée vers la gauche. Cela confirme que la lecture façon japonaise est celle à adopter pour comprendre la scène.

    Quelle est la signification de cette œuvre ?

    signification de la grande vague de kanagawa

    Hokusai réunit plusieurs thèmes qu’il affectionne particulièrement dans La Grande Vague de Kanagawa. Le mont Fuji à l’arrière-plan apparaît comme une pointe bleue et blanche, ressemblant à une vague, et faisant ainsi écho à celle du premier plan. L’image est constituée de courbes, dont la surface des eaux, les rides à l’intérieur des vagues, les pentes du mont Fuji, le dos des lames ou encore les courbes de l’écume de la vague. Ces dernières engendrent d’autres courbes, qui se divisent en de petites sous vagues faisant écho à la vague mère. Cette décomposition peut être interprétée comme une illustration de l’infini.

    La vague de l’image peut être analysée de différentes manières. Elle peut représenter un tsunami ou une vague scélérate. Elle peut également être vue comme une vague fantomatique et monstrueuse au squelette blanchâtre, dont les griffes d’écume sont sur le point de s’abattre sur les pêcheurs. Cette vision fantastique de l’œuvre vient du fait qu’Hokusai est un grand maître dans l’art du fantastique japonais.

    Si tu observes bien l’image, tu remarqueras tout de suite le contraste entre le premier plan et l’arrière-plan. La violence de la grande vague, face au calme du ciel vide renvoie au symbole du yin et du yang. Entre les deux, l’homme se débat, impuissant. La petitesse des pêcheurs comparée à l’énorme vague traduit la faiblesse de l’homme face à la nature. D’un point de vue taoïste et bouddhiste, cette image signifie que les choses artificielles comme les barques sont éphémères. La représentation est aussi une allusion au shintoïsme, qui considère que la nature est toute-puissante. Les contrastes entre les couleurs traduisent également la notion de yin et de yang. En effet, le bleu de Prusse de la mer s‘oppose au jaune rosé du ciel, sa couleur complémentaire. Le résultat est un équilibre parfait dans la composition.

    Une autre interprétation est l’imprévisibilité de la vie, représentée par la vague, et l’immobilité et l’éternité, symbolisées par le mont Fuji.

    Quelles sont les étapes techniques de la conception de La Grande Vague de Kanagawa ?

    Ukiyo e, estampe Samourai, gravure sur bois par Beno

    La Vague est une estampe ukiyo-e. Cela veut dire qu’elle a été imprimée sur papier grâce à des gravures sur bois reproduites par un graveur professionnel à partir du dessin de l’artiste. Chaque partie colorée de l’image a été obtenue à l’aide d’une planche différente. Hokusai a d’abord réalisé le shita-e, ou l’image du dessous. Il s’agit du dessin de base, qui détermine l’aspect artistique de l’œuvre. C’est un croquis dessiné au pinceau sur un papier mince translucide. Celui-ci est toujours détruit au cours du processus de gravure. La gravure des planches de bois, puis leur impression sur les feuilles de papier revient à l’éditeur Nishimura Yohachi.

    Quand le graveur reçoit le dessin de l’estampe, il le colle à l’envers sur une planche de sakura préalablement polie. Sache que le sakura est une variété de cerisier dont la dureté permet d’y graver des lignes particulièrement fines, et de produire plusieurs impressions. Les traits du dessin sont gravés dans la planche par le biais d’un canif. Les différentes surfaces sont creusées grâce à des gouges, tout en respectant soigneusement les traits, reliefs et aplats utiles à l’impression. Le graveur s’occupe en premier du bois de trait, la planche qui porte les contours du dessin. Après cela, il s’occupe des bois de teinte, c’est-à-dire les planches correspondant à un relief et une couleur à imprimer. Une fois que les planches sont prêtes, elles sont confiées à l’imprimeur.

    Pour la coloration de La Vague, l’imprimeur a utilisé des pigments traditionnels dilués dans l’eau. Pour la couleur noire, une encre de Chine a été employée. De l’ocre jaune a été utilisée pour le jaune. Quant à la couleur bleue, on a utilisé un bleu de Prusse fraichement importé des Pays-Bas. Voici les étapes de l’impression :

    • Étalage d’une couche de bleu sur la planche de traits, puis d’une couche de colle de riz pour servir de liant. Les deux couches sont ensuite mélangées avec une brosse.
    • Application d’une feuille de papier humidifiée sur la planche
    • Frottement du verso du papier d’un mouvement régulier avec le barren, un tampon. Ce procédé permet de bien répartir la couleur sur le papier

    Impression des bois de teinte, des couleurs claires aux couleurs plus sombres.

    Cette opération est reproduite pour chaque estampe. La Grande Vague de Kanagawa a été imprimée en huit passages. D’abord les contours du dessin et les surfaces colorées en bleu de Prusse, puis le jaune des barques, le jaune du ciel, le dégradé gris clair du ciel, et le gris des bateaux. Viennent après les zones d’un bleu clair, puis d’un bleu plus dense, et enfin le noir du ciel, ainsi que d’un pont d’une des barques. Quant aux visages des marins, à la crête des vagues, à l’écume et aux neiges du mont Fuji, ils sont tenus à l’écart des couleurs afin de conserver le blanc éclatant du papier d’origine.

    Il faut savoir que les estampes ne sont pas le fruit de l’artiste uniquement. Le grain de papier, les stries de l’outil d’impression, la trace des fibres du bois de gravure, tous ces éléments influent sur l’aspect final de l’estampe. C’est pour ça qu’il n’existe pas d’œuvre originale unique, car chaque estampe a sa particularité. Des différences de hauteur et de densité du ciel au-dessus de Fuji sont notées d’un tirage à l’autre.

    Quelle est l’importance de l’influence occidentale sur l’élaboration de La Grande Vague de Kanagawa ?

    bleu de prusse japon
    Aizuri-e, estampes en monochromie bleue

    La célèbre estampe a été influencée par les techniques artistiques occidentales, notamment la perspective et l’utilisation du bleu de Prusse.

    La perspective

    Cette notion de perspective n’existait pas dans la peinture traditionnelle japonaise. Ainsi, la taille des éléments dans une image ne dépendait pas de leur rapprochement ou de leur éloignement, mais de leur importance. La notion de ligne de fuite aussi n’existait pas encore. Le point de vue adopté était une « vue cavalière », ce qui signifie que le spectateur se place en hauteur par rapport à la scène. Okumura Masanobu fut le premier à s’intéresser à la perspective occidentale, suivi par Toyoharu. Les travaux de ce dernier influencèrent grandement les œuvres d’Hokusai, qui se familiarisa avec la perspective dès les années 1790, grâce aux recherches de Shiba Kokan.

    Si La Grande Vague de Kanagawa a eu un réel succès en Occident, c’est justement à cause de la familiarité de la pièce avec la culture occidentale.                                     

    Le bleu de Prusse

    Les années 1830 sont une véritable révolution bleue, en se référant à l’utilisation massive de la nouvelle couleur à la mode, le bleu de Berlin ou bleu de Prusse par Hokusai. Auparavant, les graveurs de l’ukiyo-e utilisaient le bleu d’indigo, délicat et fugace. Le bleu de Prusse est bien différent, avec sa couleur intense d’origine chimique. Le mélange des deux permet d’obtenir les dégradés de couleur saisissants de La Vague.

    Les dix premières pièces de la série Trente-six vues du mont Fuji comptent ainsi parmi les premières estampes japonaises à avoir eu recourt au bleu de Prusse.                

    Le japonisme, qu’est-ce que c’est ?

    Van Gogh Japon
    Van Gogh et le japonisme

    Il s’agit de l’influence de l’art japonais sur celui de l’Occident. C’est au milieu du XIXe siècle que l’art japonais est introduit en Europe. Les artistes nippons qui vont inspirer les artistes européens sont Hiroshige, Utamaro et Hokusai. Les Trente-six vues du mont Fujij, dont fait partie La Grande Vague de Kanagawa est une véritable source d’inspiration pour plusieurs peintres occidentaux du XIXe siècle.

    On peut citer de nombreux peintres qui possèdent des estampes de cette série ou même qui en ont fait la collection, notamment :

    • Auguste Renoir
    • Claude Monet : il commença sa collection d’estampes japonaises en 1871, et réussit à collectionner 231 œuvres de 36 artistes différents jusqu’à la fin de sa vie. Parmi ces artistes se trouvent les trois plus grands maîtres de cet art, dont Hokusai.
    • Vincent Van Gogh
    • Camille Pissaro
    • Mary Cassat
    • Edgar Degas
    • Gustav Klimt

    Cette célèbre estampe japonaise a également inspiré de grandes œuvres dans plusieurs domaines :

    • Dans l’art de la peinture : les œuvres de Claude Monet, dont ses ukiyo-e où la nature est la principale source d’inspiration. On y retrouve des couleurs changeantes, une composition autour d’une serpentine ou d’une oblique et équilibrée par une verticale. Nous pouvons citer sa toile Le Pont sur un étang de nymphéas, où l’architecture des ponts s’inspire de ceux des estampes d’Hokusai.
    • En musique : Claude Debussy disposait d’un exemplaire de La Vague dans son cabinet de travail, et il s’en était inspiré pour créer son œuvre, La Mer. Il fit placer la grande vague sur la couverture de sa partition, sur l’édition originale de 1905.
    • Dans la littérature : Der Berg de Rainer Maria Rilke

    Félix Bracquemond est l’un des précurseurs du japonisme, et aussi le premier artiste européen à avoir copié des œuvres japonaises. En 1856, il a recopié les dessins d’un volume de la Manga d’Hokusai sur ses céramiques.

    Henri Rivière, dessinateur, aquarelliste, aquafortiste et graveur fut grandement influencé par les œuvres d’Hokusai, surtout La Grande Vague de Kanagawa. En 1902, il publia une série de lithographies portant le titre « Les 36 Vues de la Tour Eiffel », en hommage à la série d’estampes de l’artiste japonais. Il avait un exemplaire de La Vague dans sa collection, dont il s’était inspiré pour ses œuvres. L’une de ses estampes, nommée Vague, a même une composition proche de celle d’Hokusai.

    Où peut-on trouver des exemplaires de La Grande Vague de Kanagawa ?

    La Grande Vague de Kanagawa au Musées d'art de Harvard

    La Grande Vague de Kanagawa au Musées d'art de Harvard

    De nombreux exemplaires de ce chef-d’œuvre se situent dans des collections un peu partout dans le monde entier :

    • Au musée britannique ou British Museum de Londres. L’exemplaire qui s’y trouve est soigneusement gardé en réserve depuis l’année 2011. En 2016, il a fait l’objet d’une rare exposition.
    • Metropolitan Museum of Art situé à New York
    • Parmi la collection de Claude Monet à Giverny en France
    • Dans la Bibliothèque nationale de France
    • Au musée Guimet
    • À Bruxelles, au musée Art et Histoire

    Précisons que les collections d’estampes japonaises des musées proviennent souvent de collectionneurs privés du XIXe siècle. C’est le cas par exemple de l’exemplaire conservé au Metropolitan Museum. Ayant appartenu à Henry Osborne Havemeyer, il a été offert par son épouse au musée en 1929. Il en est de même pour l’exemplaire de La Grande Vague de Kanagawa de la Bibliothèque nationale de France. Acquise en 1888, cette estampe provient de la collection de Samuel Bing. Enfin, celui du Musée Guimet a été légué par Raymond Koechlin en 1932.

    On retrouve aussi des éditions originales de cette estampe dans des collections privées, comme la Collection Gale aux États-Unis, qui a été analysée en 1970 par J. Hillier.

    La Grande Vague de Kanagawa a été adjugée chez Piasa pour la somme de 23 000 euros le 7 mars 2003 lors de la vente publique de la collection Huguette Bérès. Il s’agit de l’une des dernières collections historiques d’estampes japonaises. Quant à la série Trente-six vues du mont Fuji avec ses quarante-six estampes, elle a été adjugée chez Sotheby’s pour la somme de 1 350 000 euros en 2002.

    Quelles différences peut-on constater entre les différents exemplaires ?

    Différences entre différents exemplaires de la Grande Vague de Kanagawa

    A gauche : Katsushika Hokusai / A droite : British Museum 2008,3008.1.JA

    L’usure du bois ayant servi à l’impression d’une estampe permet de déterminer l’authenticité de celle-ci, ainsi que la qualité du tirage. Pour examiner La Grande Vague de Kanagawa, il faut considérer l’état du double trait qui entoure le cartouche de gauche. Très souvent, il est émoussé ou effacé du fait de la gravure sur bois de l’original qui affleure mal à cet endroit.

    On peut par exemple déduire que l’exemplaire du Metropolitan Museum est un original de très haute qualité. Effectivement, le double trait du cartouche n’apparaît pas du tout émoussé. En comparaison, l’exemplaire original de la collection de Siegfried Bing présente un double trait gauche du cartouche assez émoussé. Le fond est aussi différent, n’étant pas aussi précis que celui du Metropolitan Museum, il est quasi-uniforme, et ne comprend pas la légère formation nuageuse à l’horizon.

    Ces formations nuageuses sont présentes sur l’exemplaire du Musée Guimet, mais de façon moins nette. Les variations de fonds sont fréquentes dans les estampes japonaises, car elles sont dues à un encrage différent d’une même planche de bois.

    Le double trait de cartouche de La Vague du British Museum, lui, est usé.

    Comment La Vague d’Hokusai est-elle reprise dans la culture populaire ?

    La Grande Vague de Kanagawa a connu d’innombrables reproductions, et s’est déclinée en de nombreux produits dérivés. On la retrouve en calligraphie, en simple illustration, en sérigraphie sur des tee-shirts, ou encore au bois gravé. On peut trouver cette image dans toutes sortes de contextes différents :

    • Elle a servi de modèle pour un logo d’entreprise, le Quiksilver. L’image est censée incarner les domaines majeurs d’activité de la marque, à savoir le surf et le snowboard.
    • Elle était présente dans un projet publicitaire d’Orangina, où la vague était utilisée pour secouer la bouteille
    • Dans les années 1980, La Grande Vague de Kanagawa a été reproduite dans les carrières souterraines de Paris. Elle fut peinte dans des dimensions imposantes, dans la salle appelée La Plage, un lieu de réunion cataphile.
    • La Grande Vague est un album pour enfants écrit par Véronique Massenot et illustré par Bruno Pilorget. Publié aux éditions de l’Elan vert, 2010, cet ouvrage permet aux jeunes lecteurs de découvrir ce chef-d’œuvre de l’artiste japonais Hokusai.
    • Dans le film d’animation L’Île aux chiens de Wes Anderson, l’œuvre est détournée par l’introduction de chiens.

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