Univers Yokai

A la découverte de l’univers fascinant des Yokai

de lecture

De nombreuses créatures fantastiques peuplent les contes et légendes du folklore japonais. Parmi elles, il existe un groupe assez difficile à appréhender, les yōkai妖怪. Ce sont des êtres souvent présentés dans les récits comme des démons japonais, ou des événements paranormaux.

Le terme yōkai 妖怪 est composé des kanjis « , yō », (attirant, ensorcelant, calamité) et « , kai » (mystère, apparition).  Le mot peut désigner selon le contexte un monstre, un démon, un esprit ou gobelin. Il existe de nombreuses créatures et phénomènes surnaturels qui peuvent être considérés comme appartenant à l’univers des yōkai : des spectres, des dieux, des sorcières, des revenants, des animaux démoniaques, des vampires, des esprits mauvais, des cas de possession, ainsi que les mythes et légendes qui relèvent du paranormal.

En raison du grand nombre de créatures regroupées sous l’appellation yōkai, il est impossible de trouver à ce terme un synonyme en français. Yōkai appartient à cette famille de mots qui dépeignent des concepts et réalités typiquement japonais tels que geisha, samouraï, ninja et sushi.

Nous essayerons dans cet article de lever un pan de voile sur les yōkai.

Comment peut-on définir le terme yōkai ?

C’est un concept fantastique assez vaste qui englobe un grand nombre d’êtres paraissant tout droit sortis des films de Tim Burton. Même pour les Japonais, donner une définition précise du mot yōkai est une tâche complexe, tant les limites de cet ensemble semblent floues.

Le sens du terme Yōkai a changé au fil des époques de l'histoire du Japon. Il a parfois été substitué à d’autres mots passe-partout pour désigner l’univers surnaturel du folklore nippon tels que bakemono, obake, mononoke, kaii et oni.

écolières yokai

Des écolières de yokai qui traînent sur le toit de l'école pendant le déjeuner

En réalité, chaque personne qui utilise le terme yōkai définit son propre ensemble de créatures qu’il considère comme telles. Les limites du mot yōkai varient donc selon les individus. Cette difficulté à circonscrire ce que désigne le mot Yōkai ouvre la voie à toutes sortes d’interprétations. En l’absence d’une liste exhaustive d’yōkai, tout est permis.

Rien ne nous empêche de nous demander par exemple si les loups-garous ne sont pas en réalité des yōkai. Et les yurei (fantômes), sont-ils des yōkai? Qu'en est-il des oni ? Une divinité japonaise (Kami ou Megami) peut-elle faire partie de l’univers des yōkai ? Les créatures classées yōkai doivent être bienveillantes ou malveillantes ? Dès que l’on tente de répondre à ces questions, de nombreux contresens apparaissent.

Pour ne pas prendre de risques en utilisant le terme Yōkai, élargir au maximum sa signification pour y inclure tous les êtres et phénomènes surnaturels de la planète pourrait être une bonne idée.

Évolution du folklore japonais à travers les époques

Toutes les fois où le mot Yōkai sera utilisé dans cet article, il servira à désigner les monstres surnaturels de la mythologie japonaise. En effet, même si le sens de ce mot peut être étendu à toutes les créatures surnaturelles du monde, il reste un mot japonais qui renvoie logiquement à des entités d’abord japonaises. Les yōkai sont avant tout, des créatures du folklore japonais.

En réalité, les récits folkloriques du Japon sont composés d’un savant mélange des différents mythes appartenant aux croyances des peuplades autochtones du pays.

Ces récits ont beaucoup évolué grâce aux influences successives du shintoïsme (encore appelé religion Shintô) et du bouddhisme avant de nous parvenir sous leur forme actuelle. Les bouddhistes en particulier ont introduit dans le folklore japonais des éléments empruntés aux mythologies chinoise et indienne.

Les plus anciens mythes japonais datent du VIIIe siècle. Il s’agit essentiellement de légendes sur la création du monde, ainsi que des contes de l’époque préhistorique du Japon. Au départ, il était communément admis dans la croyance populaire japonaise que les esprits étaient des entités n’ayant pas de corps et donc invisibles pour les mortels.

Chemin faisant, l’évolution et la place de plus en plus prépondérante de l'art japonais ont rendu nécessaire de réaliser des illustrations des êtres surnaturels des mondes imaginaires.

Les premières illustrations étaient réalisées sur des parchemins peints et d’estampes japonaises gravées sur bois. Les supports des dessins ont beaucoup évolué par la suite pour devenir des encyclopédies en plusieurs volumes où sont compilés les contes et légendes du Japon.

Place des yōkai dans la culture japonaise

Durant l’ère Edo (1603-1868), les arts et la culture japonaise se sont beaucoup développés. Les mythes liés à l’univers des yōkai tels que les récits de fantômes, d’âmes errantes, de monstres ainsi que les évènements paranormaux de toutes les régions du Japon sont devenus très célèbres.

C’est à cette époque que les premières encyclopédies de contes et légendes ont été conçues par des artistes renommés, tels que Toriyama Sekien. En effet, il a compilé en plusieurs volumes les histoires orales de démons japonais en vogue dans les campagnes, afin de divertir la population mondaine de son époque.

Le succès des encyclopédies de Toriyama Sekien sur l’univers yōkai, a permis à d’autres artistes de lui emboîter le pas, faisant ainsi émerger un nouvel art traditionnel. La pratique s'est vite propagée dans la culture japonaise, des beaux-arts au théâtre No.

Malheureusement, le passage à l’ère Meiji marqua la fin de l’engouement populaire autour de l’univers des yōkai. La politique de modernisation du Japon entamée à cette époque était incompatible avec la promotion des mythes traditionnels. Considéré comme hantée par des superstitions d’un autre âge, toute la culture liée au paranormal était devenue gênante au Japon.

La restauration des mythes et légendes yōkai n’interviendra qu’à la fin de la deuxième Guerre mondiale sous la houlette du mangaka Shigeru Mizuki. Cet auteur a pris le pari de faire redécouvrir les créatures du folklore traditionnel japonais dans son shōnen manga GeGeGe no Kitaro (Kitaro le repoussant).

Cette série de BD a eu dans le Japon moderne des années 50, un tel succès qu’il s’en est suivi un regain d'intérêt pour le paranormal. Grâce à cette œuvre pionnière, des références aux démons japonais sont désormais omniprésentes dans la culture japonaise actuelle, en particulier dans les mangas, les adaptations animées, les jeux-vidéo et les films frissons.

Voilà, vous en savez suffisamment sur la signification du terme Yōkai et sur la place accordée à cet univers selon les époques. Nous pouvons désormais entrer dans le vif du sujet pour vous présenter les personnages importants de folklore surnaturel japonais.

Liste des yōkai les plus populaires de la mythologie japonaise

1) Oni 鬼

oni

Dans le Japon des premiers âges, les esprits, spectres et autres monstres étaient regroupés sous l’appellation oni. Ce terme provient du mot on’yomi qui se traduit par "caché" ou "dissimulé".

Ce sont donc des êtres surnaturels assimilés à des démons qui sont capables d’agir sans se faire remarquer des humains. L’Oni est à l’origine un homme cruel qui une fois mort atterrit dans l'un des enfers bouddhiques. Il est alors soumis à Enma, le dieu régissant les enfers.

Devenu serviteur de ce dieu, le défunt se transforme en un démon japonais Oni qui ne cherche qu’à tuer et infliger de la souffrance aux mortels. Certains hommes sont si méchants et entêtés dans leurs comportements mauvais qu’ils se métamorphosent en oni sur terre, avant même de rejoindre les enfers.

En poursuivant votre lecture, vous connaitrez de nombreux récits d’oni qui étaient durant leur vie des seigneurs de guerre (shogun), des dames de la noblesse, des samouraïs rônins (qui n’ont pas prêté allégeance), des aventuriers et des brigands.

Les oni qui étaient à l’origine des femmes, sont appelés des kijo.

2) Kitsune 狐

kitsune

Le kitsune ou esprit renard, est la créature yōkai la plus populaire du Japon. C’est une créature semblable aux renards, mais possédant des capacités surnaturelles impressionnantes. Le kitsune doit sa notoriété, dans les légendes japonaises, à de nombreux facteurs dont le premier est la présence des renards sauvages dans toutes les régions du pays.

Tout d’abord, le côté mignon et attachant du renard fait de lui un animal apprécié par beaucoup de Japonais. Par conséquent, lui prêter des pouvoirs magiques, pour en faire un personnage important des contes et légendes d’antan, a sûrement été perçu comme un bon moyen de fédérer l’attention de l’auditoire.  

La popularité du yōkai kitsune dans les légendes s’explique également par la place qu’occupe le renard dans la religion Shintô. En effet, la déesse Inari a fait de ces animaux ses serviteurs sacrés. Tous les lieux de cultes dédiés à cette déesse sont ornés de statues et des illustrations de renards.

Dans les mythes, les renards sacrés viennent souvent en aide aux personnes pieuses au cœur pur. Ils interviennent aussi comme intermédiaires des divinités entre le monde spirituel et la terre chargés de délivrer des messages. Les kitsune sont généralement des créatures bienveillantes qui attirent la chance et repoussent les esprits mauvais.

Cependant les kitsune ne sont pas uniquement dépeints comme de gentils êtres dans la mythologie japonaise. Les contes et légendes mentionnent également le caractère espiègle et malicieux des kitsune. Ils n’hésitent pas à user de ruse pour piéger, tromper, ou infliger des malheurs à des commerçants cupides, des alcooliques qui fanfaronnent, et ainsi que des prêtres dévoyés. Souvent, les esprits renards les dépouillent de leurs biens, les couvrent de honte en public et parfois vont jusqu’à posséder ces personnes.

D’après les croyances populaires, certaines maladies mentales (appelées kitsunetsuki) seraient provoquées par les kitsune. Ces affections apparaîtraient suite à la possession des individus par ces créatures.

Toujours d’après les croyances, les kitsune seraient responsables des phénomènes inexpliqués, comme d’étranges feux follets ainsi que des apparitions dans le ciel, de lumières mystérieuses, provoquées par leurs pouvoirs magiques. Ces phénomènes lumineux sont appelés en japonais kitsunebi, ce qui signifie "feu de renard".

En dépit de cette facette maléfique, les kitsune ont la réputation de toujours honorer les promesses faites, de ne jamais oublier leurs amis et d’aider en retour ceux qui les ont aidés.

Caractéristiques des kitsune

Ce sont des créatures métamorphes puissantes et très rusées. À ne pas confondre avec les renards garous, les kitsune sont souvent représentés dans l’imaginaire collectif comme des renards possédant plusieurs queues.

Dans les légendes, ces créatures traquent souvent les hommes en prenant l’apparence de géants ou d’autres êtres terrifiants. Ils aiment également piéger les jeunes hommes sans expérience, en se métamorphosant en de belles femmes pour les attirer. 

Par ailleurs, certaines légendes rapportent qu’il existe des kitsune qui font le choix de vivre sous une apparence humaine la majorité de leur existence. Ils se choisissent des noms, imitent les habitudes humaines, travaillent et, fondent même des familles. Leur entourage ne soupçonne rien à leur vrai nature sauf cas rare où, après des beuveries ou quelques inattentions, leur apparence humaine s’estompe, dévoilant parfois une de leur queue.

3) Oni hitokuchi 鬼一口    

oni hitokuchi

Dans les mythes véhiculés sur les oni, il arrive que ces démons kidnappent des personnes sans qu’il soit possible de les retrouver. La langue japonaise utilise différents mots pour retranscrire ce type d’événements.

On parle de kamikakushi quand la victime de l’enlèvement est séquestrée dans l'autre monde par les oni. Ces personnes finissent bien souvent par être relâchées des années après. Elles reviennent dans le monde des vivants profondément marqués par l’expérience terrifiante vécue.

Il arrive parfois que la personne enlevée ne revienne plus jamais. La croyance populaire attribue la disparition définitive de l’individu au fait qu’il ait été dévoré par un type particulier de démons appelé oni hitokuchi. Ces démons japonais sont décrits comme des monstres n’ayant qu’un œil, qui tuent et mangent les humains.  

L'une des plus populaire histoires d'oni hitokuchi reste l’aventure du poète Narihira. Cet homme était épris d’une belle et noble demoiselle appelée Fujiwara no Takaiko. Le haut rang social de cette jeune fille empêchait toute union légitime entre elle et Narihira.

Désespéré, ce dernier se glissa à la faveur de la nuit dans la chambre de la jeune femme et l'enleva. Ils s'enfuyaient tous les deux dans la nature, lorsqu'une terrible tempête éclata. Repérant une caverne à proximité, ils décidèrent de s’y abriter le temps que l’orage s’arrête.

Narihira, se plaça à l’entrée de la caverne pour protéger l’élue de son cœur. Narihira resta donc toute la nuit au seuil de la caverne, car l’orage ne s’arrêta qu’au matin. Il entra donc dans la grotte pour chercher Takaiko, mais ne la trouva point. Un oni hitokuchi qui habitait dans cette caverne avait dévoré la jeune fille. Ses cris avaient été étouffés par le bruit de la tempête.

4) Onikuma 鬼熊

onikuma

L’onikuma est un démon japonais semblable à un ours géant. Mais d’où provient cette créature ? Selon la mythologie japonaise, il arrive qu’un ours ayant vécu de nombreuses années se transforme en yōkai onikuma. Une fois devenus des ours démoniaques, ces animaux grandissent de plus belle pour atteindre une stature nettement supérieure à celle des plus imposants ours sauvages. Préférant se déplacer comme des bipèdes, les onikuma sont des monstres suffisamment forts pour transporter des vaches et des chevaux. D’après les légendes, un ours démoniaque posséderait une puissance physique comparable à celle cumulée de plus de 10 hommes.

Caractéristiques des onikuma

Le comportement des ours démoniaques est très semblable à celui des ours sauvages. Créature de la nuit, l’onikuma vit retranché dans la montagne. Comme l’ours, c’est un chasseur, mais il est aussi capable de se nourrir d’un peu de tout.

L’onikuma demeure solitaire dans son habitat naturel très éloigné des hommes, sauf lorsque la nourriture s’y fait rare. Dans ces cas de figure, l’onikuma réagit exactement comme l’ours sauvage qu’il était : il se rapproche des lieux habités en quête de nourriture.

Même si c’est assez exceptionnel, il arrive parfois que des hommes rencontrent des onikuma. Chaque fois que cet événement a lieu, il donne lieu à de brutales altercations. Il s’agit souvent d’un onikuma affamé qui dérobe des animaux d’élevage pour les manger. Les pauvres villageois pour éviter de perdre tout leur bétail sont alors obligés d’affronter le démon.

5) Sazae oni 栄螺鬼

sazae oni

Dans les mythes japonais mentionnant les sazae oni, ils sont décrits comme de gigantesques escargots qui sèment la terreur dans les mers. Les apparitions de ce yōkai n’ont lieu que les nuits de pleine lune. Durant ces nuits, les gens peuvent les observer danser à la surface de l'eau. De loin, les sazae oni ressemblent à s’y méprendre aux Mizuchi, les dragons aqueux japonais.

Deux causes distinctes permettent d’expliquer l’origine de ces créatures. La première est liée à la croyance traditionnelle japonaise, selon laquelle les animaux qui vivent assez longtemps deviennent capables de se transformer en des êtres surnaturels dotés de pouvoirs magiques. Les sazae oni seraient donc des escargots, qui ayant atteint l’âge de 30 ans, se sont transformés en yōkai.

L’autre cause permettant d’expliquer la naissance d’une sazae oni est plus tragique. En effet, quand une jeune femme meurt en mer, elle se transforme en escargot. Si elle survit sous cette apparence d’escargot de mer suffisamment longtemps,  la défunte devient une sazae oni.

Parmi les légendes japonaises impliquant des sazae oni, l’une des plus populaires est sans doute celle contant l’histoire d’un groupe de pirates qui vinrent au secours d’une femme sur le point de se noyer dans la péninsule de kii.

Ces pirates aidèrent cette jeune femme, mais dans l’intention perverse d’abuser d’elle une fois montée à bord. Dès qu’elle fut en sécurité dans le bateau, ces brigands la violèrent. Hélas, la jeune fille apparemment sans défense était en réalité une sazae oni.

En guise de châtiment, la créature leur arracha les testicules(en effet, ça fout les jetons !). La sazae oni exigea des pirates une récompense digne des dieux, s’ils souhaitaient retrouver leurs attributs virils. Découragés, ils lui offrirent tous les trésors qu’ils possédaient afin de récupérer leurs bourses.

Caractéristiques des Sazae oni

Hideuses, meurtrières, ces créatures sont de véritables démons. Elles se métamorphosent en de ravissantes jeunes femmes pour piéger les marins. Sous cette apparence, les Sazae oni feignent d’être sur le point de se noyer et appellent à l’aide. Dès que des marins viennent à leurs secours et les hissent à bord du bateau, ces démons perfides les attaquent pour les dévorer. Les sazae oni errent également sur la terre ferme. Toujours sous l’apparence de belles femmes solitaires, ils s’arrêtent dans les auberges et tuent les tenanciers à la nuit tombée.

6) Ushi oni 牛鬼

ushi oni

Surnommé « terreur de l'Ouest », l’ushi oni est une créature maléfique qui erre près des berges. En français, le terme japonais Ushi oni, peut être littéralement traduit par l’expression "démon du bœuf". L’appellation japonaise Ushi oni regroupe donc l’ensemble des Yōkai qui empruntent plusieurs traits physiques au bœuf.

La majorité des démons Ushi oni ont une tête semblable au bœuf suivi d’un corps monstrueux. Néanmoins, les Ushi oni peuvent avoir d’autres aspects physiques. Ainsi, certains ont un corps bovin doté d’une tête repoussante d'oni, d’autres ont une tête de bœuf vissée sur le corps d'une araignée ou d'un chat.  Il existe également des Ushi oni pour qui la tête de bœuf est associée à un physique d'humain. Souvent habillé en kimono, ce type d’Ushi oni peut être considéré comme les Minotaures du Japon.

Caractéristiques des Ushi oni

Dans le bestiaire japonais, ces créatures sont présentées comme très brutales et sans pitié. Les Ushi oni inhalent des gaz toxiques et n’hésitent pas à dévorer les individus qui ont le malheur de s’approcher trop près de leur repère. Ces démons répandent maladies et malédictions sur les hommes et peuvent détruire des villes et villages entiers. 

Dans les légendes, les Ushi oni sont également connus comme étant des monstres qui aiment agresser les personnes qui se déplacent en groupe. Ils collaborent souvent avec d’autres yōkai qui vivent près des côtes tels que la femme serpent Nure onna ou  la sirène vampire Iso onna.

7) Kidōmaru 鬼童

kidomaru

Le Kidōmaru est un yōkai mi-homme mi-oni dont l’origine remonte à l’épopée du célèbre guerrier samouraï Minamoto no Yorimitsu (également appelé Raikō). D’après les mythes entourant ce héros, le Kidōmaru serait le fils d’une humaine et de l’oni Shuten dōji.

La légende raconte que Shuten dōji et son groupe d’onis enlevèrent des femmes dans une contrée. Raikō et ses braves amis vinrent les délivrer, ils retrouvèrent le repère des onis et les attaquèrent. Les jeunes héros battirent le groupe d’oni de Shuten dōji et libérèrent les femmes kidnappées. Ces dernières, pleines de reconnaissance, remercièrent les samouraïs puis retournèrent chez elles.

Néanmoins, l’une des femmes portait en elle l’enfant de Shuten dōji. Au lieu de rentrer chez les siens, elle préféra se rendre au village de Kumohara, pour accoucher. Le fils de Shuten dōji  naquit à cet endroit et reçut le nom de Kidōmaru. Toute sa vie durant, il n’aura de cesse d’essayer de se venger de Raikō et de son groupe d’héros qui ont tué son père.

Caractéristiques de Kidōmaru

Créature hybride, cet enfant avait dès la naissance toutes ses dents (et la puissance physique d'un oni). On raconte qu’à peine âgé de 7 ou 8 ans, Kidōmaru était capable d’abattre un cerf ou un sanglier en lui jetant une seule pierre. Comme son père avant lui, il servit en tant qu’apprenti dans le sanctuaire shintoïste du mont Hiei.

Renvoyé de ce lieu, Kidōmaru s’installa dans une caverne, et parvint à survivre en dépouillant d’honnêtes gens. Afin de préparer sa vengeance, il apprit la magie dans le secret de sa caverne et essaya d’améliorer ses capacités. Tous les efforts de Kidōmaru vont néanmoins s’avérer inutiles. En effet, il finira par être tué par Raikō. Ce samouraï, réputé à son époque meilleure épéiste du Japon, tranchera d’un seul coup de katana Kidōmaru. 

8) Ōtakemaru 大嶽丸

otakemaru

L’Ōtakemaru est un l’un des yōkai les plus forts et les plus craints du folklore japonais. Sa puissance est telle qu’il est considéré comme un kijin, c’est-à-dire à la fois démon (ki) et divinité (jin). Il vivait à Suzuka dans les montagnes servant de frontière aux régions  d'Ise et Ōmi, durant le règne de l'empereur Kanmu (781-806 après JC). Même si l’histoire d’Ōtakemaru a été progressivement oubliée au point d’être peu connue aujourd'hui, il comptait autrefois parmi les plus puissants de tout le Japon. Aux côtés de Shuten dōji et du kitsuné Tamamo no Mae, il fait partie du fameux Nihon san dai yōkai, c’est-à-dire les trois plus grands Yōkai du Japon.

Histoire et capacités

Démon japonais gigantesque, Ōtakemaru était capable de se métamorphoser et maitrisait la magie noire. Il terrorisait les voyageurs traversant les montagnes de Suzuka et dérobait l’impôt impérial. Pour mettre fin à ses méfaits, l'empereur rassembla une puissante armée de 30 000 cavaliers dont il confia la direction au Shogun Tamuramaro. Ōtakemaru parvint néanmoins à détruire cette armée en servant de la magie noire pour déclencher un terrible orage. La foudre et le feu s’abattirent sur les troupes qui furent mises en déroute.

Découragé, le général Tamuramaro pria les Dieux de l’aider à vaincre Ōtakemaru. Guidé par un songe mystérieux, il sollicita et obtint l’assistance de la déesse Suzuka Gozen. Tamuramaro battit finalement Ōtakemaru et le tua en  lui coupant la tête.

L’âme du monstre erra d’abord en Inde, avant de  revenir au Japon. Ōtakemaru reforma son corps terrifiant et rebâtit son château réputé inattaquable sur la montagne Iwate dans la région de Mutsu. Ayant recouvré sa puissance de kijin, ce yōkai se remit à semer la terreur dans le pays.

9) Shuten dōji 酒呑童子

shutendoji

Le Shuten dōji fut un puissant et terrifiant oni qui gouverna un certain nombre de ses congénères à une certaine époque. Les mythes entourant l’existence de ce roi oni sont assez populaires. D’après les légendes, Shuten dōji serait né mortel. Sa transformation en oni redoutable a été racontée de plusieurs manières différentes.

Nous reprendrons ici l’histoire la plus célèbre de cette transformation. Il y a près d’un millénaire, Shuten dōji était un enfant incroyablement fort et intelligent pour son âge qui habitait la province Shiga ou Toyama (selon les versions). Son père était le puissant dragon japonais Yamata no Orochi et sa mère une simple humaine.

Sa mère l’abandonna à son sort  dès l'âge de 6 ans. Délaissé, il devint anti-social. Accueilli plus tard au temple du mont Hiei près de Kyoto et il y débuta une formation monastique.

Meilleur que ces camarades apprentis, il se mit à les mépriser. Durant cette période, le garçon devint de plus en plus violent envers les autres enfants du temple qu’il frappait souvent du fait de sa force hors du commun. Il contracta également le vice de l’ivrognerie malgré que la consommation d’alcool soit strictement refusée aux moines. 

La passion du jeune homme pour les boissons fortes ne cessait cependant de croître. Il en était à un point où personne ne pouvait boire plus d’alcool que lui. Le sobriquet Shuten dōji, "le petit ivrogne" lui fut attribué à cause de ces excès.

Sa vie humaine prit fin de façon mystérieuse lorsqu’au soir d’un festival au temple, ivre comme à son habitude, Shuten dōji porta un masque d’oni. Ainsi accoutré, il se mit à déambuler autour des prêtres shintôs dans le temple. Il s’amusait à leur faire des blagues ou à surgir dans l'obscurité pour les épouvanter.

Une fois qu’il eut assez de ces gamineries, il voulut ôter son masque, mais n’y arriva pas. Le masque d’oni faisait désormais corps avec son visage. Sermonné pour son ivresse, Shuten dōji prit peur, et tout honteux, il partit se cacher dans les montagnes loin des humains afin de ne plus jamais avoir affaire à eux. Pour lui, les humains étaient de faibles créatures, stupides et fourbes.

Il vécut dans ces montagnes pendant plusieurs années en dérobant la nourriture et l'alcool aux pauvres villageois. Shuten dōji buvait toujours autant. La passion et la grande habileté dont il faisait preuve lors de ses actes de brigandage, poussèrent de grands bandits de la région à le rejoindre.

Une fois sur place, ils virent en Shuten dōji un tel engouement pour la destruction, qu’ils prirent la décision de faire de lui leur leader et de le suivre quoi qu’il arrive.

Caché dans les montagnes, le nouveau gang de voyous gagnait en puissance. Shuten dōji lui-même devint de plus en plus fort. Sa méchanceté crut de pair avec ses connaissances magiques au point qu’il fut bientôt en mesure d’utiliser la magie noire. Bon leader, il partagea son savoir avec ses compagnons acolytes. Leurs exactions atteignirent un tel niveau de férocité qu’ils se transformèrent l’un après l’autre en oni.

Cependant, terroriser les populations n’était pas suffisant pour contenter Shuten dōji. Il se mit à établir alors dans son sinistre château sur le mont Oe, des plans machiavéliques pour devenir l’empereur du Japon.

Shuten dōji et ses compères ravagèrent Kyoto dans un accès de rage. Ils enlevèrent de nobles vierges s’abreuvèrent de leur sang et dévorèrent leurs organes. Non-contents de tant de cruauté, ils massacrèrent tous les pauvres gens qu’ils trouvèrent sur leur passage.

C’est au célèbre samouraï Minamoto no Yorimitsu et à son groupe d’héros que les populations durent leur salut.  Ces derniers parvinrent au terme d’un âpre combat à tuer Shuten dōji son clan de yōkai.

10) Tamamo no Mae 玉藻前

tamamo no mae

Tamamo No Mae dans Fate/Grand Order

Parmi les kitsune ayant réussi à se faire un nom dans l’histoire du Japon, une mention toute spéciale doit être accordée à Tamamo no Mae. C’est à la fois le kitsune est le plus populaire du folklore japonais, mais également l’un des  plus redoutables yōkai ayant jamais existé.

Esprit Renard magique à neuf queues, ses pouvoirs magiques, son intelligence et ses ambitions étaient sans commune mesure. Tamamo no Mae vécut durant l’ère Heian (794 et 1185 après JC). Il manigança un plan très élaboré pour assassiner l’empereur et prendre le pouvoir.

Même si ce fut un échec, les intrigues Tamamo no Mae ont suffit à plonger le Japon dans l’une des pires guerres civiles jamais connues. L’impact considérable de ce kitsune sur ces contemporains et ses capacités légendaires lui a permis d’être cité parmi les Nihon San Dai Aku Yōkai, les trois Yōkai les plus puissants de la mythologie japonaise.

Dans les légendes, Tamamo no Mae est mentionné de nombreuses fois. Sa présence récurrente dans l’histoire du Japon semble indiquer que sa popularité a traversé les époques. De plus, les récits entourant la vie de Tamamo no Mae sont exploités dans plusieurs aspects de la culture nippone comme la littérature, les théâtres traditionnels (Noh, kabuki, bunraku) et bien d'autres.

Comme tous les personnages importants de la mythologie, la vie de Tamamo no Mae est racontée de plusieurs manières différentes.

Elle serait née, il y a près de 3 500 ans sur le territoire actuel de la Chine. Ses jeunes années demeurent un mystère, toujours est-il qu’elle deviendra par la suite une sorcière très puissante. Des siècles plus tard, Tamamo no Mae se transforma, on ne sait trop comment, en un kyūbi no kitsune, le mythique esprit renard à neuf queues.

Devenu le plus puissant des kitsune, Tamamo no Mae ressemblait désormais à un renard à neuf queues au faciès blanc et à la fourrure dorée.  Sa puissance magique extraordinaire s’accompagnait d’une capacité hors pair à manipuler les individus. Grâce à ses pouvoirs et à sa malice, elle parvenait toujours à se hisser rapidement à un haut rang social afin de s’immiscer dans les intrigues politiques de son époque.

Sous la dynastie Shang, Tamamo no Mae se faisait appeler Daji. Elle prit l’apparence d’une ravissante jeune femme et réussit à devenir la maîtresse favorite du roi Zhou de Shang. Daji se conduisit auprès de ce roi avec une perversité et une cruauté inouïes. Elle organisait des parties de débauche pleines de luxure dans les jardins du palais. Daji adorait également torturer. Elle y mettait tellement d’entrain que cette passion malsaine fut connue de tous.

Sous les traits de Daji, Tamamo no Mae entraina de déclin de toute la dynastie Shang.  Alors qu’elle allait être exécutée, Daji arriva à éviter le pire et s’enfuit en 1046 avant Jésus-Christ au royaume indien de Magadha.

Dans ce pays, elle prit le nom de Lady Kayō et se hissa à la position de femme du roi Kalmashapada. Au Japon, ce roi est appelé Hanzoku. Fidèle à elle-même, Tamamo no Mae se servit de sa beauté et d’artifices de séduction pour manipuler le roi et le pousser à manger des enfants, tuer des prêtres et perpétrer d'autres atrocités difficiles à décrire.

On ne sait trop les circonstances qui la poussèrent à fuir ce royaume pour retourner dans sa Chine natale. Certains récits justifient ce départ par le fait qu’ayant dévoré tous les enfants, Tamamo no Mae partit sous d’autres cieux continuer ses abominables pratiques. D’autres récits avancent que c’est le roi Kalmashapada qui fut la cause de son départ, car il perdit tout intérêt pour elle et se tourna de plus en plus vers le bouddhisme.

11) Tanuki 狸

tanuki

Le terme tanuki désigne en japonais une race asiatique de chien qui ressemble à un raton laveur. Appelés en français chiens viverrins, ce sont des animaux craintifs, solitaires et nocturnes présents à l’état sauvage dans toutes les régions du Japon. Les Japonais affectionnent particulièrement les tanuki parce que ce sont des animaux rusés et intelligents. Il n’est pas rare de trouver des statues et figurines de tanuki orner les logements ou les commerces au Japon.

À l’instar des renards, la mythologie japonaise a fait des Tanuki, des créatures fantastiques dotées de pouvoirs magiques. Ils sont capables comme les kitsune, de se métamorphoser. Espiègles, les yōkai Tanuki adorent taquiner les humains dans les légendes.

Caractéristiques des Yōkai Tanuki

Ce sont avant tout des animaux métamorphes. Cependant,  l’élément le plus représentatif des esprits Tanuki est leur énorme paire de testicules magiques et multi-usages. Selon la situation, ils peuvent les utiliser comme une arme, des tambours, mais aussi comme éventail afin de garder la tête froide. Ces testicules hors du commun peuvent également servir de filets de pêche, de parapluie, etc...

Dans les antiques croyances du Japon, les esprits Tanuki étaient perçus comme des divinités de la nature. L’avènement du bouddhisme dans la société japonaise, leur a fait progressivement perdre ce statut. Ce sont tout de même des créatures auxquelles on attribue, comme aux autres animaux magiques, le rôle de messagers des dieux.

Dans l’imaginaire collectif les tanuki sont des yōkai bienveillants et joyeux qui aiment côtoyer les hommes. Néanmoins, quelques légendes parlent de Tanuki kidnappant des humains pour se repaître de leur chair.

12) Kiyo Hime 清姫

kiyohime

Kiyo hime est l'un des plus populaires démons Hannya de la littérature japonaise. Les Hannya sont un groupe particulier de yōkai remplis de haine qui s’attaque en majorité aux hommes. Incarnations de la vengeance et de la colère, les Hannya sont exclusivement constituées de femmes devenues des démons après avoir été profondément trahies par l’homme qu’elles aimaient. L’histoire de Kiyo hime s’inscrit en droite ligne de celles capables de transformer dans les légendes une jeune fille amoureuse en yōkai Hannya.

Durant le règne de l'empereur Daigo, un jeune prêtre Anchin itinérant effectuait régulièrement le pèlerinage de Mutsu à Kumano. À chacun de ses voyages, il séjournait dans la demeure de la famille Masago no Shōji. Le jeune homme était d’une beauté saisissante et Kiyo hime, la fille du seigneur qui l’accueillait ne tarda pas à en tomber amoureuse. Anchin lui dit sous le coup d’une plaisanterie qu’il l'épouserait et rentrerait avec elle à Mutsu à condition qu’elle soit sage et se conduise de manière exemplaire.  

Cependant, Kiyo hime, très éprise d’Anchin, vit dans ses propos une promesse. Elle se mit à attendre chaque année avec impatience qu’Anchin arrive dans sa demeure pour l’épouser et la ramener avec lui. Le jeune prêtre fit comme à l’accoutumée halte chez kiyo Hime sur le chemin de son pèlerinage, mais n’en fit rien. Elle lui rappela ce qu’il avait dit et celui-ci lui fit comprendre que ces propos n’avaient rien de sérieux.

Meurtrie au plus profond de son être, la jeune fille devint folle de rage et se transforma en un démon ayant l’aspect d’un hideux serpent. Les prêtres du temple Dōjō-ji essayèrent de soustraire Anchin à la furie du monstre. Ils le firent rentrer sous la grande cloche de bronze du temple, mais malheureusement kiyo Hime le découvrit. Elle s'enroula autour de la cloche puis se mit à cracher du feu jusqu'à brûler vif le pauvre Anchin. Sa vengeance assouvie,  Kiyo hime décida de se suicider en se noyant dans la rivière. 

13) Sutoku Tennou 崇徳天皇

sutoku tennou

L’empereur déchu Sutoku Tennou fut l’un des plus terribles onryō ayant sévi au Japon. Les onryō sont des yurei (fantômes) animés d’un puissant désir de vengeance. Aux côtés de Sugawara no Michizane et Taira no Masakado, Sutoku Tennou fait partie des terrifiants Nihon San Dai Onryō, c’est-à-dire les Trois Grands Onryō du Japon.  

Chassé de la capitale Kyōto, l'empereur Sutoku Tennou fut contraint de vivre exilé jusqu’à sa mort dans la province de Sanuki. Il se fit moine, passa le reste de sa vie à recopier les livres sacrés pour les envoyer à Kyōto. La cour impériale redoutait à raison que les manuscrits rédigés par l’ex empereur ne soient maudits.

La légende rapporte en effet que Sutoku Tennou s'ôta lui-même la langue et se servit de son propre sang, comme encre pour recopier les livres sacrés. C’était pour lui le moyen le plus efficace d’imbiber les parchemins de la haine immense qu’il ressentait envers la cour impériale.

À sa mort en 1164, il serait transformé selon certains récits en un cruel onryō. D'autres légendes parlent plutôt d’un grand tengu (chien céleste). Lorsque l'empereur Go-Shirakawa, apprend le décès de Sutoku Tennou, il choisit de ne pas y accorder d’importance. Il décréta qu’aucun de ses sujets ne devait porter le deuil de Sutoku et qu'il n’y aurait pas de funérailles officielles pour honorer la mémoire d’un pareil criminel.

La mort de l’empereur déchu fut accompagnée d’une série de phénomènes inexpliqués. 20 jours après le décès, la dépouille de Sutoku Tennou avait toujours le même aspect. Pendant que le cercueil de l’empereur était conduit au lieu d’incinération, un gros orage éclata.

Les personnes qui transportaient le cercueil durent le déposer sur le sol pour pouvoir s'y abriter. A la fin de l’orage, ces personnes constatèrent que les pierres entourant le cercueil étaient recouvertes de sang frais. Au moment où l’on parvint enfin à incinérer le corps de Sutoku, ses cendres formèrent un nuage opaque qui descendit sur Kyōto.

Ce fut le début d’une longue série de calamités qui s’abattirent sur la ville de Kyōto. Il y eut de violents orages, des incendies, des périodes de sécheresse, des séismes et bien plus encore. Le pouvoir impérial perdit en puissance et les conflits entre les différents clans s’accrurent. Des querelles internes fusaient de toute part, au point où le pays paraissait au bord de la guerre civile.

Les hostilités ont été déclenchées en 1180 avec le début la guerre de Genpei. Après 5 années de combats féroces, le pouvoir impérial qui régissait le Japon fut détruit et remplacé par shogunat de Kamakura. Tous ces bouleversements ont été attribués à la vengeance implacable de l'empereur Sutoku.

Durant la période Meiji, Sutoku Tennou fut réhabilité à titre posthume. Son cercueil rentra dans la capitale et en 1868, il fut déclaré kami ou divinité, dans le sanctuaire de Shiramine à Kyōto.

14) Reiki 

reiki

Les Reiki sont des fantômes d’oni incapables d’atteindre l’au-delà. Les oni peuvent mourir soit de manière naturelle, soit en étant assassinés par des hommes. Tout comme les hommes, il arrive que les oni trépassés soient retenus dans le monde des humains. Parfois, il s’agit d’une mission importante qu’ils souhaitent à tout prix accomplir. Dans d’autres cas, l’oni meurt si brutalement que son âme se désintègre. Les oni qui se retrouvent dans de telles situations après leur mort deviennent des reikis. Semblables à des revenants, les reikis bénéficient d’un regain de pouvoirs magiques en plus de conserver ceux qu’ils avaient durant leur vie de démon.

Comparés aux oni, les légendes concernant les reiki sont moins nombreuses. L'une des histoires les plus populaires eut lieu à Gangō-ji, un temple bouddhique de la province de Nara. Un esprit inconnu s’installa dans le clocher du temple et se mit à tuer des enfants chaque nuit.

Cet esprit était si fort que même les prêtres les plus puissants ne purent ni l'identifier ni le combattre. Le dénouement de cette histoire rappelle les légendes d'Hercule : le fils d'un dieu fut le seul être suffisamment puissant pour triompher du Reiki, et épargner au reste des enfants du temple une fin tragique.

Caractéristiques des Reiki

Ce sont des êtres démoniaques qui n’ont qu'une obsession : la vengeance. Ils torturent et tuent le ou les individu(s) qu'ils jugent responsables de leur assassinat, mais aussi ceux qui se sont dressés contre eux de leur vivant. La seule manière de stopper l’acharnement d’un Reiki envers sa cible est de le faire exorciser par un prêtre bouddhiste efficace.

15) Bakeneko 化け猫 

bakeneko

Les bakeneko (littéralement monstres-chats) sont des chats qui sont devenus des yōkai. Omniprésent au Japon, le folklore traditionnel attribue aux chats comme à d’autres animaux, la faculté de se transformer lorsqu’une ou plusieurs des conditions suivantes sont réunies : atteindre au moins l’âge de 13 ans, posséder une très longue queue et peser 3,75 kg ou plus.

La queue proéminente en particulier est considérée comme un signe imminent de la transformation du chat en Bakeneko. Cette croyance a poussé les Japonais à raccourcir la queue des chats dès leur naissance afin d’empêcher qu’ils deviennent des bakeneko.

Juste après sa transformation, le Bakeneko conserve presque entièrement son aspect de chat puis, au fil du temps, il se dresse sur ses pattes arrière pour se déplacer comme un bipède. Plus tard en prenant de l’âge, les pouvoirs magiques et la taille du bakeneko augmentent. Il arrive parfois qu’il atteigne la stature d’un homme adulte.

Caractéristiques des bakeneko

Ce sont de puissants métamorphes qui aiment prendre l’apparence des hommes ou de petits chats. Il arrive également qu’ils se métamorphosent en leurs maîtres humains.

Beaucoup de bakeneko apprennent le langage humain. Ces créatures sont capables d’ingurgiter des choses qui dépassent leur constitution physique et ne sont pas affectées si elles avalent de la nourriture empoisonnée. 

Même s’ils ne suppriment pas directement leurs maîtres, les bakeneko Yōkai peuvent être à l’origine de nombreuses calamités. Ils provoquent également, sans le faire exprès, des incendies d’habitation à cause de leur queue qui s’enflamme assez vite.

Enfin, les Bakeneko sont connus dans les légendes comme étant capables de nécromancie : ils redonnent vie à des dépouilles qu’ils contrôlent comme des pantins dans un but maléfique.

16) Kappa 河童

kappa

Dans le bestiaire japonais, le kappa est un yōkai aquatique à l’aspect mi-humain mi-tortue qui peuple principalement des cours d’eau tels que les rivières et les ruisseaux. Les légendes mentionnant le kappa le décrivent comme ayant taille et la corpulence d'un enfant, mais doté d’une force physique supérieure à celle d’un humain adulte.

À la place d’une bouche, le kappa possède une sorte de bec et sa tête est recouverte de cheveux humains, mais dégarnie en son sommet. Le sommet du crâne, creux et plat, contient une eau mystérieuse qui serait la source de sa puissance.

Pareil à la plupart des monstres aquatiques, le kappa a des mains et des pieds en forme de palmes. Comme les tortues, il porte sur son dos une carapace. Souple et imperméable, sa peau est également recouverte d’écailles d’une couleur qui peut osciller entre vert profond, vert terreux, nuances de rouge vif ou de bleu.

Partout où il apparaît, le kappa dégage une odeur fétide de poisson. Lorsque l'eau contenue dans son crâne se renverse, le kappa devient vulnérable, incapable de bouger et peut y laisser la vie.

Très intelligent, le kappa fait partie des yōkai qui peuvent apprendre les langues humaines. Il possède également des compétences poussées en médecine. Il occupe une place particulière dans le Shintoïsme.

Le comportement des kappas est plutôt atypique. Ils aiment faire du grabuge et pratiquer les arts martiaux comme le sumo. Ils affectionnent également les jeux d'adresse comme le Shogi. Ce sont des créatures obstinées pleines de fierté, qui mettent un point d’honneur à tenir leurs engagements. Se nourrissant d’à peu près tout, ils raffolent de deux aliments : les concombres et les intestins crus des humains.

Kappa kami

Dans le Shintoïsme, le kappa est considéré comme une divinité de l'eau. Les adeptes de cette religion lui offrent souvent des concombres qu’ils déposent sur les berges des rivières. Pour les remercier, les kappas irriguent les champs des paysans, deviennent amis avec les enfants qui n’en ont pas ou se mêlent aux hommes lors d’épreuves sportives.

17) Maneki Neko

maneki neko

Contrairement aux bakeneko, les Maneki neko sont des yōkai chats bienveillants. Aux traditions japonaises anciennes qui rendent les chats responsables de toutes sortes de malheurs se mêlent d’autres traditions selon lesquelles ils sont honorés en tant que créatures porte-bonheurs.

Ces croyances s’appuient sur l’aide qu’apportent les chats dans divers domaines, en particulier les travaux champêtres et l’élevage des vers à soie. En effet, les chats dévorent les rongeurs qui détruisent les cultures ainsi que d'autres nuisibles qui attaquent les vers à soie. Les maneki neko sont des yōkai qui symbolisent justement ce côté protecteur et bienveillant des chats.

Pour toutes ces raisons, les maneki neko sont vénérés comme des dieux au Japon. Les personnes qui croient en leur capacité à attirer le bonheur ornent souvent les domiciles, les commerces ou les lieux de travail de statues symbolisant ces créatures. Dans l’imaginaire collectif japonais, les maneki neko sont représentés comme des chats ordinaires qui lèvent une ou deux pattes.

L’utilisation de ces statues s’est répandue dans les villes du Japon vers la fin de l’ère Edo. Lorsque le maneki neko est représenté avec la patte droite levée, il est sensé attirer la prospérité financière. Si c’est la patte gauche qui est levée, le maneki neko fera venir des clients. Les couleurs du maneki neko sont également pleines de sens.

Il y a fort longtemps, les gens considéraient les chats au pelage noir comme étant des animaux chanceux, à cause de leur faculté à voir dans le noir. Ainsi, les statues de maneki neko noirs servaient de charmes pour repousser les esprits maléfiques. Il était également admis dans ces périodes reculées que le rouge protégeait contre la variole et la rougeole. Par conséquent, les maneki neko rouges étaient supposés éloigner les maladies.

Place des maneki neko dans les légendes japonaises

De nombreux récits du folklore japonais parlent de chats mystérieux qui rendaient leurs propriétaires riches, ou leur épargnaient une catastrophe. 

On raconte qu’une courtisane très populaire appelée Usugumo, dans le quartier de Yoshiwara, à Edo. C’était une tayū, c’est-à-dire qu’elle occupait le grade le plus élevé, parmi les oiran (courtisanes aux goûts raffinées). Exerçant dans la très respectable maison close de Miura Yashirōzaemon, Usugumo était connue pour l’affection toute particulière qu’elle éprouvait envers les chats. Elle en possédait d’ailleurs un et était toujours en sa compagnie. Le grand amour qu’elle manifestait envers ce chat poussa ses contemporains à se demander si Usugumo n’avait pas été ensorcelée par cet animal.

18) Tatarigami 祟り神

tatarigami

Le terme Tatarigami désigne dans le folklore japonais de très puissantes entités maléfiques qui sèment le chaos, la mort, les incendies, les épidémies, la guerre et bien d’autres catastrophes. 

Les Tatarigami comptent parmi les yōkai les plus redoutables et les plus craints du Japon. Ces créatures sont soit des dieux de la destruction, soit des fantômes de personnalités de haut rang. Les actions des Tatarigami ont toujours eu un impact considérable sur la politique et culture et du pays. Aux nombres des plus célèbres Tatarigami, on retrouve l'empereur Gozu, le dieu démon à tête de taureau, et le gigantesque dragon Yamata no Orochi (qui a huit têtes et huit queues). 

Caractéristiques des Tatarigamis

Ce sont des démons vengeurs qui n’hésitent pas à faire pleuvoir maints fléaux sur les vivants qui les ont offensés. Pour calmer la colère des Tatarigami, des temples en leur honneur ont été bâtis dans tout le Japon. Lorsqu’on parvient à les amadouer, les malédictions peuvent cesser, ou au moins être modérées. À titre d’exemple, le festival Gion Matsuri à Kyōto était au départ un culte réalisé dans le but d’apaiser un tatarigami.

Durant l’ère Heian, la capitale impériale Kyōto fut frappée par des épidémies meurtrières. La légende l’attribua aux Tatarigami Susanoo et Gozu tennō, deux redoutables divinités apportant la maladie et la destruction. Pour calmer leur courroux, un festival entièrement dédié à ces dieux a été mis sur pied au temple de Yasaka à Gion.

Les habitants de Kyoto prirent l’habitude de réitérer chaque année à la même période cette célébration pour se mettre définitivement à l’abri les catastrophes causées par la colère de Susanoo et Gozu tennō. Au fil du temps, la relation entre ces deux Tatarigami et le festival a été oubliée, mais la célébration a perduré jusqu'à nos jours.

Calmer la colère d’un tatarigami était un pan important des pratiques religieuses japonaises pendant la période Heian et bien après. 

Pour aller plus loin

Nous espérons que la lecture de cet article vous aura permis de découvrir avec foule de détails, l’univers fascinant des yōkai. Ce mot qui désigne selon le contexte, des créatures démoniaques ou des phénomènes attribués à des causes surnaturelles dans la tradition japonaise.

À travers la liste des yōkai les plus populaires du démon, vous vous êtes familiarisé avec quelques-uns des personnages les plus importants des légendes traditionnelles au pays du soleil levant. Il existe beaucoup d’autres yōkai plus ou moins populaires.

Ces créatures sont omniprésentes dans la culture japonaise d’aujourd’hui. Les mangas l’univers du jeu-vidéo, les films, et même la mode s’inspirent régulièrement de l’univers des yōkai pour proposer des contenus intéressants. Dans les mangas et animes en particulier, les yōkai sont aujourd’hui omniprésents. Il vous suffit de suivre un anime populaire comme Naruto, One piece ou Kimetsu no Yaiba pour y voir des kitsune, des bakeneko, des nure onna et bien d’autres.

Aux plus chanceux qui iront au Japon, n’hésitez pas à visiter les sanctuaires shintos pour admirer les statues des divinités protégeant les lieux des yōkai. Dans certains lieux du japon des yōkai sont également représentés exactement comme le folklore les concevait.

Enfin, si notre article a suscité en vous des envies de se déguiser en un yōkai précis, vous trouverez sur notre boutique en ligne tous les accessoires dont vous aurez besoin pour votre métamorphose.

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